Thriller - A Cruel Picture

28 janvier 2008, par Alan

M

adeleine une jolie jeune femme est muette depuis qu’elle a été violée par un vieillard durant son enfance, et vit avec ses parents dans la ferme familiale. Un jour, voulant se rendre en ville, elle rate son bus et croise la route de Tony qui, jouant de charme, l’invite à la déposer en voiture. Madeleine accepte sans méfiance. L’homme continuant à s’intéresser à elle l’amène au restaurant puis chez lui, où il lui offre une boisson afin de la droguer à son insu. Pendant son sommeil, il lui injecte de fortes doses d’héroïne pour ainsi provoquer une accoutumance chez la jeune femme…

Il y a des films comme ça, qu’on se prend dans les yeux à la façon d’une grande claque dans la gueule parce que ça ne ressemble à rien de ce que l’on connais même si on y retrouve par-ci par-là une scène inspirée d’un autre film. Thriller a cruel Picture est de cette veine, oscillant entre tous les genres exploitables, passant par l’expérimentation et même la pornographie non simulée. Lorsque j’ai enfin pu le voir en version intégrale, j’en suis resté sur le cul pendant un bon moment, incapable de savoir sur le coup, si j’avais eu affaire a de l’exploitation pure et dure ou une grande œuvre en regard d’un panthéon cinématographique personnel déjà bien rempli. Cette œuvre est pourtant bel et bien de l’exploitation, un rape n’revenge incroyablement cru et violent, totalement non conforme aux formatages des films grand public. Mais au delà de ce constat plutôt simpliste se cache un superbe travail de mise en scène, une photographie magnifique et aussi une actrice incroyable, issue du sexploitation et trouvant ici un rôle de composition hors du commun. Christina Lindberg est d’autant plus impressionnante qu’elle doit camper un personnage torturé et surtout muet, et l’actrice capte tant l’attention qu’on en oublie le scénario somme toute écris sur le dos d’un timbre poste. Sans décrocher un seul mot du début à la fin, elle se transforme peu a peu de victime innocente en un ange de la mort déterminée à aller jusqu’au bout de sa vengeance longuement et patiemment préparée, comme si toute sa vie n’avait été destinée qu’a lui faire vivre cet instant. Et, il faut l’avouer, la vie de Madeleine n’est pas rose : violée par un vieillard alors qu’elle n’était qu’une enfant et rendue muette par le traumatisme, elle grandit entouré de ses parents, dans une ferme. Devenue une jeune femme simple, elle se fait enlever, séquestrer et droguer de force par un proxénète, l’obligeant à se prostituer et subir tous les outrages de ses clients afin de gagner les doses de drogue à laquelle il l’a accoutumé. Pour la punir d’avoir griffé son premier client au visage, il ira même jusqu’a lui crever un œil à l’aide d’un scalpel (une scène anthologique toute aussi forte que celle de “Un chien Andalou” de Luis Buñuel, ayant certainement la même vocation de provoquer un choc chez le spectateur.), ce qui vaudra à Madeleine, par moquerie, le sobriquet de “La pirate” à cause de son cache œil. Afin de ne pas être ennuyé par sa famille, il la force aussi à écrire des lettres insultantes qui pousseront ses parents à se suicider. Lorsque Madeleine parvient enfin à s’échapper et regagner son village, elle assiste à l’enterrement de ceux-ci. Folle de chagrin, elle retourne chez Tony et se lie d’amitié avec une autre prostitué, trouvant auprès d’elle un peu de réconfort et l’espoir de s’en sortir jusqu’au jour ou le proxénète la fait violemment assassiner elle aussi. Madeleine comprend alors que la seule façon de s’en sortir vivante est de se battre et tuer. Et c’est ici que toute la différence avec la plupart des rape n’revenge se trouve : Madeleine ne sait pas se battre, elle va donc apprendre avec des professionnels qu’elle payera en économisant l’argent sur ses passes, le maniement des armes, la conduite automobile rapide ainsi que le kung-fu, tout en se désintoxiquant par ses propres moyens, sortant peu a peu de sa chrysalide artificielle pour se transformer en tueuse impitoyable dont le seul but est maintenant de tuer Tony (Kill Tony en quelque sorte). Et lorsque le glas sonne enfin, la jeune femme explose en une furie aussi sanguinaire que méthodique. Tout en gardant un calme olympien, elle trucide un a un les protagonistes de son malheur, se frayant son chemin, au fusil de chasse à canon court, jusqu’à Tony… Le seul défaut de réalisation de ce moment étant l’utilisation immodérée de ralentis afin de mettre en évidence les gunfights dignes d’un western ultra-violent façon Peckinpah. Pour le reste, on ne peut être que saisi et comprendre le statut culte de ce film.

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