Le Grand Silence
tah 1898, un terrible hiver pousse les paysans affamés à piller les villages pour survivre. Tous les chasseurs de prime de l’état profitent de cette situation pour se remplir les poches sans prendre de risques. Tigrero fait partie de ceux là et tue sans compromis tous les paysans qu’il capture afin d’encaisser les primes. Un homme muet et très habile de la gâchette, surnommé Silence, se rend dans la ville de Snow Hill à la demande de Pauline, une femme dont le mari a été froidement abattu par Tigrero, afin de le charger d’obtenir vengeance en échange d’une importante somme d’argent…
Sergio Corbucci , en 1968, juste après avoir tourné le cultissime Django , nous offrait un véritable chef d’œuvre du Western Européen bis, baroque et violent, dont la splendide photographie de la blancheur des pleines et montagnes enneigées entrait en conflit total avec la noirceur et le nihilisme du récit.
D’une violence graphique rarement atteinte à l’époque dans un film de ce type, Il grande Silenzio surprend et secoue le spectateur trop habitué à un genre édulcoré par le cinéma américain bien pensant des années cinquante. Utilisant ici un terrible fait historique ayant ensanglanté le sol des états-unis d’Amérique, Corbucci brode une singulière histoire de vengeance où un mystérieux cavalier, tueur à gage ayant pour principe de ne se servir de son arme qu’en état de légitime défense sert de pivot central, sorte d’ange
pacificateur, muet et d’apparence fragile, faisant face au démon incarné par Tigrero, un chasseur de prime charismatique, sadique et sanguinaire. Le réalisateur joue tout au long du film la carte des contrastes, utilisant de façon judicieuse la confrontation des deux personnages principaux, antagonistes et pourtant ralliés par une même violence sous couvert d’une impunité tant que celle-ci reste “légale” vis à vis des lois en vigueur à l’époque, une même cause car les deux personnages tuent des hommes pour gagner leur vie. Il Grande Silenzio n’est pas une simple histoire de vengeance, ni même celle des personnages la peuplant, même si celle-ci existe. Il s’agit en fait bien plus d’une critique sociale et politique décriant la violence résultante de la loi censée la focaliser. A cette image, nous retrouvons le personnage du shérif, un homme, envoyé à Snow Hill afin de tenter d’endiguer les massacres des paysans tout juste coupables d’avoir volé pour survivre et devenus la cible de tous les chasseurs de primes, exprimant leur nature violente sous le couvert de cette loi qu’il est censé représenter, peut-être le seul personnage a ne jamais se servir de son revolver contre un autre homme d’ailleurs, mais dépassé par la tournure barbare qu’ont pris les événements, cherchant des solutions pacifiques, il sera lui même englouti par ce tourbillon de violence devenu incontrôlable suite
à l’annonce du gouverneur d’une future amnistie pour tous les paysans hors-la-loi. A ce sujet, le titre du film ne semble pas si anodin, si dans l’histoire la légende veut que l’homme muet se fasse appeler Silence car “partout où il passe il ne reste que le silence”, ou bien que le sobriquet soit tenu du fait que le tueur ne dise jamais un seul mot a cause de son état, rien n’empêche de se laisser aller à penser que “le grand silence” soit une référence politique à celui fait sur les meurtriers, la violence et le nombre impressionnant de meurtres ayant eu lieu a cette époque sous couvert d’une impunité judiciaire totale. Hormis cela, Corbucci utilise aussi certains tabous tel que la scène d’amour entre Silence et Pauline, où on comprend pourquoi le réalisateur a employé une actrice afro-américaine, faisant pencher la balance de l’interdit vers une voie pourtant bien plus naturelle et normale que l’assassinat d’innocents et néanmoins totalement inimaginable à l’époque. Véritable provocation utilisée judicieusement de façon à insister sur l’incohérence du jugement des hommes trouvant plus criminel qu’un homme blanc puisse aimer une femme de couleur ou vis versa plutôt que des hordes de tueurs puissent assassiner des innocents aux quatre coins du pays et être rétribués pour ça. Dans le même ordre d’idée, le juge, lui même ancien hors-la-loi ayant assassiné deux jeunes parents et tranché la gorge à un enfant, qui n’hésite pas à utiliser son statut afin de manipuler les chasseurs de primes pour éliminer de façon “légale” le mari d’une femme qu’il convoite, allant même jusqu’a tenter de la violer après
qu’elle ai rejeté ses avances, forçant le trait sur l’idée que les assassins ne sont pas forcément ceux qui sont désignés par le doigt de la justice, voir même effleurer l’idée d’une nation toute entière dirigée par des criminels. Il Grande Silenzio n’en demeure pas moins dans sa forme première un Western plutôt réussi dont la tension monte crescendo jusqu’au final d’une violence impressionnante, où le côté conventionnel de ce genre de productions a été mis de côté, où les pleines ensoleillées sont remplacées par la froideur de celles enneigées, où les gentils n’existent pas ou plus, où les héros meurent, où la mort plane chaque instant sur la tête de tous, hommes, femmes, enfants, où les armes parlent plus souvent que ceux qui les utilisent… Un film unique, un Western qui ne ressemble a aucun autre, un chef d’œuvre cynique et nihiliste à souhait au final d’une tristesse brutale, qu’il faut largement considérer comme un des meilleurs du genre si ce n’est le meilleur puisque quasiment incomparable avec les autres productions européenne de l’époque.
A Venir…
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